Ces Mariages d’Affaires en Haïti

Photo: Marie Madeleine dit Joute Lachenais

En témoigne la nuit des temps, le mariage n’a jamais été une innocente union. Les nobles, les riches, les monarques et les hommes d’État ont tous planifié leurs noces dans l’ombre de la structure sociale. À cet effet, on chante souvent les funérailles de l’amour pour concevoir les intérêts. Le roi Ferdinand II et la reine Isabelle Ière se sont mariés à Valladolid, en 1469, pour unifier l’Espagne, mettant un terme à la domination musulmane. Le 29 juillet 1981, le monde a connu le « mariage du siècle » le prince Charles d’Angleterre s’est marié à Diana Spencer, une héritière indirecte d’une ancienne monarchie. Ce couple représentait la conservation des fortunes inter-monarchistes. C’est une culture de bonne coutume. C’est-à-dire, ce qui se cache derrière un mariage est rarement su et vu par tous.

En Haïti, le contexte n’a pas changé. Les mariages d’affaires se sont proliférés dans notre histoire. Et toutes ces ententes de salon, sur la terre Dessalinienne, ne sont qu’une prolongation d’outre-mer d’une vielle tradition mondiale de maintenir le statut quo du système de chose. Le président Alexandre Pétion a choisi une riche et influente femme de l’Arcahaie, Marie-Madeleine Lachenais (Joute) pour se marier. Et Quand Pétion a fermé les yeux en 1818, son successeur Jean-Pierre Boyer a repris la veuve de son parrain politique. Joute Lachenais s’était mariée à deux chefs d’État. Préalablement, Hersille Pétion, fille du président Pétion a eu les mains de Esmond Féquiere, neveu de Jean-Pierre Boyer. Sa maman s’appelait Bonne Boyer, sœur du président. Tout se fait entre les amis politiques.

À la cour Royale du nord, on a pu assister à un scenario semblable. Henry 1er a eu les mains d’une femme influente du grand nord d’Haïti, Marie-Louise Coidavid. Par souci de garder les relations louables avec son bon ami et compagnon d’armes, le général Jean Louis Pierrot, il lui a arrangé un mariage avec la petite sœur de sa femme. Ce n’était pas sans les influences et les accointances royales héritées que le général Pierrot était devenu Président d’Haïti en 1845. Ce même Louis Pierrot vivait, pendant plus d’une décennie avant son mariage, en concubinage avec Cécile de Fatima, la prêtresse de la Cérémonie du Bois-Caïman, au coté de Boukman. Autrement dit, les unions ont été toujours une question d’amitié et d’intérêt.

Aussi, le général Louis Laurent, chef de l’état major de l’empire Dessalinien et de la présidence de Pétion, s’était marié à Suzanne Aimée Nau. Leur fils, le général Charles Bazelais, s’était marié à la fille du président Boyer, Jeanne Françoise Azéma Boyer qui était la mère de Boyer Bazelais, figure emblématique du parti libéral. Tout ceci illustre sans détour que les mariages n’ont jamais été gratuits dans l’histoire de l’humanité, en particulier, dans celle d’Haïti. Il reste à scruter les pages d’histoire contemporaine pour déceler les méandres des mariages politiques et/ou économiques. À en croire les archives, il en existe nombreux. Les mariages d’affaires dominent bien la société haïtienne.

Par: Jean-Rony Monestime Andre

SOURCES : « Haïti : El Drama Nacional »,  Jean Ghasmann Bissainthe, 2012 « Biographie Universelle, Ancienne et Moderne », Michaud, Tome 8, Paris 1854.