Intervention de la Maison d”Haiti à la conférence de presse sur la prévention de l’exploitation sexuelle

La prévention est une nécessité. C'est ce qui nous permet d'intervenir en amont avec le jeune, d’établir un climat de confiance propice permettant et de pouvoir agir dans un moment crucial. La prévention c'est la réduction des risques, c'est l’apprentissage et l’incorporation de  notions,  c'est l’encadrement des jeunes vulnérables, l’accompagnement du jeune dans ses questionnements, c'est lui redonner son pouvoir d'agir et de réfléchir. La prévention c'est tout simplement de l’éducation et c'est indéniablement une nécessité qui devrait être une priorité. 

Nos 4 organismes ont une mission commune : celle de la prévention contre l’epxloitation sexuelle auprès des jeunes filles. Nous le faisons à travers des ateliers ou activités qui visent l’enseignement du consentement, des relations saines et égalitaires, de l’hypersexualisation, des méthodes de recrutement tant par les gars que par les amies filles, des risques de l’exploitation sexuelle, de la dépendance affective, de la cyberprédation, de la santé sexuelle, mais aussi des portes de sortie. Nous outillons les jeunes filles en renforçant leur estime et autonomisation, en les rendant plus confiantes, plus affirmées, capable de dire non et de reconnaître les situations de recrutement, capable de se positionner et de faire des choix sécuritaires. 

Tous les jours des filles viennent me raconter comment elles ont été sollicitées. Et je suis fière de constater qu’elles ont pu dire non à un danger qu’elles connaissaient désormais. Le travail de prévention est nécessaire et a un réel impact chez les filles qui fréquentent nos programmes. Permettons à nos jeunes filles de S’épanouir sainement. Si on leur fournit assez d’outils, les risques seront considérablement réduits.

Voilà ce que nous faisons au sein de nos programmes.  La Maison d'Haiti, organisme communautaire qui est situé dans Saint-Michel, a mis en place depuis 2013 le programme Juste pour Elles, qui est destiné aux filles de 10 à 18 ans. Le programme a été mis en place grace au financement du Ministère de la Sécurité publique en juin 2013, et répondait à un réel besoin dans le quartier. En mars 2014, donc 9 mois plus tard, alors que le programme vivait de son succès, avec une centaine de filles rejointes en activités, des outils de sensibilisation crées, des liens forts établis, nous avons reçu une lettre de ce même Ministère nous avertissant que nous ne benefiecierions plus de cette subvention. Nous avons toutefois résisté. Nous commencions à répondre à un besoin nous ne pouvions pas arrêter maintenant. La directrice de la MH a décidé de maintenir ce programme et nous avons trouvé l’appuie dans le secteur privé de la Fondation Can Femmes. Nous les en remercions, mais le secteur privé devrait être la pour renforcer les programmes, les appuyer et non les financer dans leur totalité. l’exploitation sexuelle est un enjeux de société, il devrait donc etre pris en charge et financé par le gouvernement. Nous avons aussi un programme complémentaire de prévention en matière de gang de rue, avec la presence de patrouilleur, ou nous rejoignons les garcons et nous prevention sur saines relations et luttons contre l’affiliation aux gang de rue, mais celui ci aussi a été coupé cette année par le même Ministère. Qu’en est il de l’intérêt de la jeunesse, cette relève de demain. 

On constate que l’age moyen d'entrée dans la prostitution est 14 ans, et les filles sont bien souvent abordées ou préparées dès la fin du primaire. C'est pourquoi  à la Maison d'Haiti nous avons choisi de travailler avec des jeunes filles dès l’âge de 10 ans. c'est à cet âge propice où nous pouvons intervenir, les outiller efficacement et les suivre sur plusieurs années. c'est pourquoi les financement doivent se faire sur le long terme. Nous suivons certaines filles depuis 3 ans maintenant.

L’exploitation sexuelle touche tout le monde, pas seulement les filles en centre, pas seulement les filles en fugues. La fugue fait bien souvent partie du processus de recrutement.  nous avons opté de rejoindre les jeunes dans leur envrionnement, sur les heures de leur temps libre. Avoir un espace destiné aux filles favorise un climat de confiance, où elles se sentent plus à l’aise et plus libre pour s’exprimer, se confier, partager leurs expériences. Elles ont un espace ou elles se sentent en securité et des intervenantes qui sont la pour les accompagner en tout temps. C'est important surtout dans un quartier vulnérable comme st michel où les jeunes ont tres peu de ressources et d'opportunités. 

Finalement, il nous semble necessaire d'impliquer le parent qui est l’éducateur premier du jeune. Le parent aussi doit être outillé, informé, accompagné pour mieux répondre au besoin des jeunes. Nous sommes un des rares organismes à rejoindre les parents surtout dans un contexte de multiethnicité, ou cette réalité est souvent nouvelle pour les nouveaux arrivants et ou les jeunes font face à une stigmatisation.

Emilie Martinak
Coordonnatrice du programme Juste pour Elles
Maison d'Haiti