La fête des Guédés en Haïti

Crédit photo: Ralph Maingrette

La fête des Guédés, commémorée les 1er et 2 novembre, est typique de la religion vaudou en Haïti. Dans la mythologie du vaudou, les Guédés représentent les esprits de la Mort. En cette occasion, les vaudouïsants organisent des cérémonies en vue de célébrer leurs dieux de la mort manifestés sous plusieurs appellations différentes:   Les  »Barons » (Baron Samedi, Baron Criminel, Baron Lacroix et Baron Cimetière) qui représentent le Chef du cimetière et des Guédés (attribué en général au premier homme enterré au cimetière) ,  »Grann Brigite », Épouse de Baron (première femme enterrée au cimetière également), ensuite les  »Guédés » manifestés sous différentes appellations également: Brave Guédé, Guédé Nibo, Ti pis la croix, Jean Simon, Demèplè, Guédé Fouillé, Guédé Loraj, etc…

Cette célébration traditionnelle donne lieu à des moments d’exaltation phénoménale. En pleine rue les vaudouïsants chevauchés des Guédés et munis de leur bouteille d’alcool, dans laquelle se trouve une quantité importante de piments préparée à cet effet plusieurs jours à l’avance, se livrent à des mouvements de danse, avec des gestes érotiques frisant l’indécence, boivent du rhum local (clairin trempé avec du piment), mangent du piment et lancent à tout bout de champ des propos ronflants et obscènes. Autant de réactions qui caractérisent le comportement du Guédé. Dans le panthéon du vodou, il s’agit de l’un des dieux hérités de la période précolombienne, selon des ethnologues haïtiens.

Les couleurs embellissent le décor planté pour le déroulement des manifestations de Guédés. Leurs couleurs traditionnelles sont le noir et le violet. Le déguisement de Guédé Nibo est composé de trois couleurs : le noir, le mauve et le blanc. Le Guédé Nibo est reconnu comme étant le protecteur des morts vivants.

Le Guédé a d’abord été une fête rurale populaire transférée progressivement dans les milieux citadins en Haïti. On assiste chaque année à une forte affluence d’individus dans les cimetières de la zone métropolitaine particulièrement à Port-au-Prince et à Pétion-Ville (cimetière qui n’existe plus). Le même phénomène est également observé dans d’autres villes du pays.

Les participants à la manifestation des Guédés proviennent aussi bien des couches défavorisées que des classes moyennes. Certains pratiquants qui vivent à l’étranger n’entendent pas négocier ce rendez-vous.

Il semblerait toutefois difficile de confirmer la participation ouverte des membres de la bourgeoisie haïtienne dans ce type de manifestations. Une frange de cette classe se contente de commémorer La Toussaint dans le strict respect des normes catholiques.

Tout compte fait les fidèles catholiques et les vodouïsants utilisent les cimetières comme espace commun d’adoration les 1er et 2 novembre. Cependant, leurs présences respectives y sont nuancées par leurs motivations qui sont profondes et variées. Les uns vénèrent les Saints et rendent hommage à des parents disparus tandis que les autres honorent leurs dieux de la Mort. Il faut noter en outre que des cérémonies vodouesques (Danses Loa en créole) sont célébrées tout au long du mois de novembre par les  »Hougans » et  »Mambos »  dans leurs  »péristyles » afin de vénérer et de remercier les  »Loas » pour leur bienfait et protection octroyés le long de l’année. A rappeler parallèlement que les vaudouïsants ne sont plus légalement protégés par la loi dans l’exercice des pratiques liées à leur croyance puisque le gouvernement et la législature actuels ont décidé d’abroger l’article 297 de la constitution de 1987 qui donnait plein droit aux adeptes du vaudou d’exercer leur croyance à travers le culte de leurs ancêtres et de leurs dieux.

(Source:  »Le Nouvelliste »)