La version d'Hervé Télémaque d'Haïti: "une petite leçon sur tableau noir"

L'exposition "Haïti, deux siècles de création artistique" présente 60 artistes haïtiens ou d'origine haïtienne, au Grand Palais, jusqu'au 15 février. Parmi eux, deux figures de proue, Jean-Michel Basquiat et Hervé Télémaque. J'ai souhaité vous livrer en exclusivité l'hommage en vidéo d'Hervé Télémaque au peintre haïtien Hector Hyppolite.

De l'île d'Haïti, appelée autrefois la "Perle des Antilles", le « Paradis des Français », que savons-nous? Le commerce triangulaire il y a bien longtemps, plusieurs dictatures, un tremblement de terre dévastateur le 12 janvier 2010, la pauvreté... Rien, en somme, de l'homme déraciné, arraché à l'Afrique. Pas grand chose finalement du métissage, du sang mêlé des opprimés. Un territoire riche, convoité, en proie au chaos.

Trois ans ont été nécessaires à Régine Cuzin et Mireille Pérodin-Jérôme pour réunir 60 artistes contemporains autour d'Haïti. Un défi dans l'organisation et aussi un projet ambitieux voulu par la RMN. Une exposition qui va à l'encontre des rétrospectives ultra médiatiques, Jeff Koons et autres. Saluons l'initiative ! La plupart des artistes ne sont pas connus. Des productions peu séduisantes, sauf quelques exceptions à regarder d'un œil neuf! "L'étranger ne voit que ce qu'il sait", dit un proverbe africain.

Télémaque, un nom païen, donné à son aïeul débarqué d'un négrier, un jour de 1785, dans le port des Cayes... Pour les Haïtiens, le retour mythique en Afrique est une utopie que dénonce avec ironie Hervé Télémaque. "J'ai fait d'Hector Hyppolite, le zombie qui va voyager en Afrique. Mon tableau est une petite leçon sur tableau noir ", confie le peintre franco-haïtien, 77 ans, à Christiane Taubira, ministre de la Justice, venue inaugurer l'exposition. Devant le tableau Voyage d'Hector Hyppolite en Afrique, n°1 (2000), elle les cite tous, Bokassa, Bongo, Kabila... tous ces « dictateurs » dont les noms ont été écrits à la craie blanche sur tableau... noir!

Armée d'une agrafeuse de chantier, Sasha Huber, 39 ans, a réalisé une série de portraits de dictateurs intitulée "Shooting back". C'est la riposte de l'artiste suisse d'origine haïtienne aux exactions de Papa Doc (dictateur, 1957-1971), de son fils, Baby Doc (dictateur, 1971-1986), et autres assassins comme Rafael L. Trujilo, le despote dominicain. "Il a massacré sur son territoire 20 000 Haïtiens en 1937", rappelle Sasha Huber. Des milliers d'agrafes plantées sur des planches en bois de récupération... Un geste politique, un geste de peintre!