L’ancienne Cathédrale de Port-au-Prince

Dès l’établissement de la nouvelle capitale de Port-au-Prince, le curé de Trou-Bordet s’installe provisoirement dans le seul édifice de la zone capable de servir de lieu de réunion, c’est-à-dire la grande halle qui abritait l’ancienne sucrerie de l’habitation Randot, débarrassée de ses chaudières. Ce fut la première église de Port-au-Prince. Notre Dame de l’Assomption, titulaire du Trou-Bordet, devient celle de la chapelle improvisée. Dès 1750, le projet de construire une église définitive, digne de la nouvelle capitale est lancé. 

En raison des nombreux tremblements de terre, l’église ne fut construite qu’en 1771, respectant les normes de l’ordonnance du 8 août 1770 qui défendit de construire autrement qu’en bois ou en murs maçonnés entre poteaux. 

A la fin du XVIIIème siècle, l’église présente une immense charpente de halles, et son plan rectangulaire est composé d’une nef centrale et de deux collatérales. Elle possédait sur ses façades latérales des galeries couvertes, caractéristiques de l’époque. A l’intérieur, on pouvait y trouver un autel de marbre blanc de Carrare (Italie), « don du Roy de France (Louis XVI) à la plus riche de ses colonies ». 

Dans cette ville manquant de structures, l’église devient le lieu de réunions par excellence. Elle fut ainsi le témoin privilégié de la Révolution de Saint-Domingue. En 1799, Toussaint Louverture y tint séance lors de la déclaration de la Guerre du Sud, le 27 décembre 1806, on y proclama la Constitution de 1801, en 1816, elle offrit l’hospitalité à Simon Bolivar, en 1818, l’enterrement d’Alexandre Pétion y fut célébré. 

Des travaux d’agrandissement y furent effectués pour la date du 18 août 1852, devant célébrer le couronnement de l’Empereur Faustin 1er. A cette occasion, diverses transformations furent entreprises, dont la plus significative fut l’incorporation des galeries à l’espace intérieur. 

En 1861, après la signature du concordat entre le Saint-Siège de Rome et le gouvernement du Président Fabre Geffrard, l’église paroissiale de Port-au-Prince fut élevée au rang de Cathédrale Métropolitaine. 

Malheureusement, les troubles politiques ainsi que les nombreux incendies (1865, 1866, 1873, 1874, 1875 et 1883) contribuent à délabrer cette structure aux matériaux déjà fragiles. En 1891, elle est légèrement réparée mais déjà le projet d’une nouvelle cathédrale plus imposante est lancé. C’est en 1884, sur l’ancienne place de l’Intendance, que Monseigneur Guilloux pose la 

première pierre de la construction. L’édifice sera achevé en 1914 et fera perdre le titre de Cathédrale à l’ancienne église paroissiale, alors reléguée au rang d’église auxiliaire puis de chapelle séminariste. 

Cependant, malgré la construction de la Nouvelle Cathédrale Métropolitaine, l’intérêt de la communauté urbaine pour l’Ancienne Cathédrale ne s’est pas estompé au cours des ans. A cette époque, les salons funéraires étant encore inexistants, les couches sociales les plus démunies exposaient leurs défunts à l’Ancienne Cathédrale avant de les conduire au cimetière. Dans les dernières années, au moins un enterrement y avait lieu chaque jour. C’est cette fonction, combien importante dans l’espace culturel haïtien, qui est restée le plus profondément ancrée dans la mémoire collective des Port-au-Princiens. Son ancienneté et son histoire lui ont fait acquérir une dimension mythique et un caractère symbolique pour les habitants de la paroisse. 

Par manque d’entretien ainsi qu’en raison des techniques défectueuses utilisées pour l’agrandissement de 1849, l’église se dégrade rapidement, entrainant la fermeture au public au début des années 80. Une seule entorse à cette règle fut faite, en 1983, lors de la cérémonie ordonnée par Jean-Claude Duvalier à l’occasion du retour des restes de Toussaint Louverture. 

Malgré son retrait, l’église conserva un aspect social et artistique : 

Le seul musée d’art de la ville semble bien être l’Ancienne Cathédrale de Port-au-Prince qui, en dehors de la vingtaine de statues polychromes dont elle est peuplée, est ornée d’une douzaine de peintures religieuses, abîmées pour la plupart, et dont la valeur tient beaucoup plus à leur ancienneté qu’à leur touche artistique. Dans cette galerie figure le baron Colbert Lochard, avec sept toiles, toutes datées et signées. 

Georges Corvington 

L’Ancienne Cathédrale de Port-au-Prince fut entièrement détruite lors des évènements qui suivirent la tentative de coup d’état de Roger Lafontant, le 7 janvier 1991.